mardi 28 juin 2016



Visite chez EarSonics

J’ai eu le privilège le 21 juin dernier, d’être reçu par un responsable de la société EarSonics et par le « grand » patron, le créateur de l’entreprise lui-même, Monsieur Franck Lopez.
Musicien et ingénieur du son de formation, Monsieur Franck Lopez est effectivement à l’origine de la société EarSonics, basée à Castries près de Montpellier, dans l’Hérault.

Depuis sa création, EarSonics est en croissance permanente et l’entreprise  emménage dans de nouveaux locaux d’une surface de 650m2, en 2015.


Ce nouveau bâtiment moderne et parfaitement adapté, offre à la société de belles perspectives de développement  et des conditions de recherche et de production au niveau de la qualité des produits fabriqués. Plus de 20 salariés travaillent ici à plein temps.
Toute la gamme des casques intra-auriculaires y est fabriquée, qu’ils soient destinés à l’écoute de la musique ou à la réduction de bruit. A ce propose, le marché du BTP représente 50% de l’activité de la société EarSonics.
Les casques EarSonics sont déclinés en deux matières, le plastique ou l’acrylique et en deux types de moulage, les universels, (pour tous types d’oreilles) ou les  moulés (pour une adaptation parfaite à la morphologie du client).
L’acrylique, matériau extrêmement résistant, est réservé au tout nouveau S-EM9 ainsi qu’au S-EM6, alors que le Velvet et les produits de la gamme inférieure sont moulés dans du plastique.
EarSonics fait injecter  toutes les coques en plastique localement.
La conception des moules pour les coques des universels est faite en interne par les ingénieurs d’EarSonics. Les moules sont extrêmement techniques  (il faut voir la complexité de conception d’un moule plastique pour de telles petites pièces, pour se rendre compte de l’extrême difficulté du travail). 



Ci-dessus, une projection en 3D d’un moule dédié à la fabrication d’une pièce en plastique. Ce moule n’a rien à voir avec les pièces EarSonics, mais donne une idée de la complexité de réalisation d’un tel outil.

Les étapes suivantes de fabrication sont entièrement et exclusivement effectuées à la main dans les locaux de Castries. 


Pour les « moulés », le premier travail après la réception de la prise d’empreinte, envoyée par le client est le suivant :
Un technicien scanne l’empreinte et « travaille » sa reproduction en trois dimensions afin de «modeler» la forme définitive avec un outil informatique spécial. Ce travail terminé, l’ordre «d’imprimer » est envoyé à une imprimante 3D qui, strate par strate, façonne les coques dans de l’acrylique liquide.
Il est impressionnant de voire cette imprimante fonctionner et d’assister à l’émergence d’une forme en acrylique !

Le montage des électroniques (drivers à armature équilibrée et cartes) se fait ensuite dans deux autres pièces, bien sûr toujours à la main.

Ici, une spécialiste soude les drivers sur les cartes électroniques, puis assemble les électroniques complètes dans les coques en plastique ou acrylique


Dans le coin en bas à droite, des coques transparentes en attente d’être « remplies » par les ensembles cartes/driver



Au milieu de l’image, quelques cartes et leurs drivers
L’assemblage des deux coques, se fait au moyen d’un tournevis dynamométrique, afin d’assurer une pression de serrage rigoureusement identique à toutes les pièces.



Ci-dessous, la carte d’un Velvet



Une vue d’ensemble de la salle de finition, ponçage, ajustage, vernissage des casques moulés.
Le tout, à la main.


Ci-dessous, deux paires de casques moulés d’après empreinte client :
Un EM3 et un EM32  prêts à être travaillés jusqu’à leur forme et finition définitives.
Nous les retrouverons plus bas, complètement terminés.


L’assemblage de chaque casque moulé est un challenge : Parvenir à y insérer l’électronique, en sachant que chaque modèle présente une forme différente, puisque ajustée à la morphologie du client et parfois très petite !


Ci-dessus et ci-dessous, nous voyons le travail de ponçage et d’ajustage précis et parfait, fait à la main,  d’un S-EM9 universel en acrylique


Et ci-dessous, d’un EM32
 La plus grosse difficulté : arriver à produire à l’identique des centaines, des milliers d’exemplaires avec une tolérance de quelques microns.




Assemblage des réducteurs de bruit




Ci-dessus, en premier plan une série de casques à l’emballage, prêts à être stockés avant expédition.
En haut à droite, la « tour » gris souris est utilisée pour souder les deux coques des intras en plastique, par un frottement d’une fraction de seconde à la fréquence de 40KHz.
Les coques en acryliques sont collées, pour ce qui les concerne, avec de la colle acrylique.





Ci-dessus, les deux paires de casques moulés que nous avions vues plus haut, brutes et en attente de finition.
Elles sont à présent prêtes a rejoindre leur propriétaire !

Quelque soit la panne ou le degré de détérioration extérieure, les casques EarSonics sont toujours réparables. Ceci n’est pas un détail et évitera que l’on doive  jeter son casque, comme c’est le cas avec plusieurs autres marques, quand une intervention en SAV n’est pas réalisable.
De même, tout casque moulé pourra être « upgradé » vers un modèle de plus haut niveau dans la gamme, sans avoir besoin de le vendre à perte et de devoir acheter la référence convoitée. Belle initiative de la part de EarSonics, dans un milieu ou des références nouvelles arrivent chaque jour sans considération des produits antérieurs.

Je tiens à remercier Monsieur Franck Lopez, Monsieur Max Capgras et toute l’équipe de EarSonics, pour leur accueil chaleureux, leur disponibilité et les 4 heures qu’ils nous ont consacrées (à mon fils et à moi) afin de nous fournir avec la plus grande transparence, un maximum d’informations sur  leur très belle entreprise.

Longue vie à EarSonics, encore un très bel exemple de savoir faire Français !

Pierre

lundi 20 juin 2016

Test Hifiman HE1000

Le casque Hifiman HE 1000, arrivé sur le marché Français fin 2015, est le haut de gamme de la ligne des casques orthodynamiques, ou planar-magnétiques ou encore, isodynamiques, de la marque Chinoise.



Nombreux sont ceux parmi nous qui connaissent ou mieux encore,  qui ont déjà entendu ou possédé une paire d’enceintes Magnepan.  Magnepan, grande marque Américaine ayant justement breveté la marque « Magneplanar », en regard de la technologie utilisée sur ses enceintes « panneaux »
La technologie orthodynamique et bien c'est la même chose.
Elle est cependant très différente de la technique électrodynamique (telle que nous la connaissons sur tous les haut-parleurs « traditionnels » à cône et à saladier) mais les deux modes de mise en mouvement d’une membrane, partagent cependant un point commun :
L'utilisation d'un conducteur « traversé » par un courant électrique (la bobine mobile d’un HP traditionnel par laquelle passe la modulation électrique, ou signal musical),  conducteur « noyé » dans un champ magnétique (généré par l’aimant) pour amener une membrane (le cône du HP) à se mouvoir.

Voici en coupe, le schéma d’un haut-parleur électrodynamique :



1 : Aimant
2 : Bobine mobile
3 : Suspensions
4 : Membrane ou cône

En envoyant un courant (informations musicales)  sur les bornes d'entrée,  on crée un champ magnétique dans la bobine. Par la force magnétique déployée par l'aimant, la bobine repousse alors ou attire la partie mobile (la bobine elle-même et la membrane ou  « cône mobile »).

Voici à présent, une photo d'une des deux faces d’un panneau de  HE1000 :


Dans ce genre de transducteur, la membrane est un film très fin en mylar ou autre matériau, pour peu que celui-ci puisse conserver ses propriétés de souplesse et de rigidité, en dépit d’une épaisseur extrêmement faible.
Le panneau orthodynamique (comme celui vu ci-dessus) utilise un champ magnétique  (créé par des rangées de barreaux aimantés en opposition de polarité, placés de chaque côté de la membrane). Sur la membrane, est collée une grecque conductrice (fil électrique en serpentin alimenté par le signal audio) afin de rendre la dite membrane « électriquement sensible » à la modulation musicale venant directement de l’amplificateur.
Cette membrane « baignant » dans un champ magnétique (entre les deux rangées de barreaux aimantés, une de part et d'autre de la membrane et de sa grecque conductrice) est donc réactive au signal audio qui la fait vibrer. Contrairement à un haut parleur traditionnel qui est mis en mouvement par la bobine en son centre, la membrane d'un haut parleur orthodynamique se déplace sur toute sa surface et pendant ses déplacements, « excite » les particules d'air uniformément.
Selon le sens positif ou négatif du signal audio appliqué à la grecque conductrice, ses fils conducteurs seront attirés ou repoussés par le champ magnétique dans lequel ils sont immergés.


Sur la coupe en rotation d'un driver orthodynamique, nous pouvons observer :
1) Au centre en orange, l'ensemble membrane / grecque conductrice (couleur or en serpentin) collée sur la membrane
2) De chaque coté de cet ensemble, des barreaux aimantés, puis les cadres sur lesquels les barreaux aimantés seront collés,
3) Les pièces (en noir) assurant l'assemblage et la rigidité du tout. 

C'est donc le mouvement de la membrane, comme c'est le cas du cône d'un haut-parleur, qui induira l’ébranlement des particules d’air, ce qui, en résultat, générera le son, la musique que nous écoutons…

Et ça ne marche pas mal du tout !

Le casque Hifiman HE 1000 fonctionne donc selon ce principe orthodynamique (qui n'a à présent plus aucun secret pour nous :) !) et cela s’entend.

Les systèmes utilisés pour mes écoutes du casque Hifiman HE1000 furent :

- Serveur QAT RS3, fichiers  Wav, Flac, Aiff
- Dac Viva Audio Numerico avec amplificateur Viva Audio Egoista 845
J'ai volontairement choisi d'amplifier le HE1000 avec mon amplificateur Viva Audio 845, afin d'être certain d'entendre ce très beau casque, au mieux de ce qu'il peut offrir. Avec le 845, le HE1000 exprime absolument tout son potentiel. Je suis ainsi sûr que si limitations il y a, elles ne viennent ni du dac, ni de l'amplificateur.

Voici à présent, la liste des albums utilisés pour mes cessions d’écoute, cessions après lesquelles j'ai rédigé mes commentaires  :

Pedro Soler et Gaspar Claus  
Album : Al Viento 
Plage : Por Sevillanas


Cet album est très particulier en termes de tonalités. Le duo guitare Flamenca et Violoncelle, joué par un père et son fils, n'est pas quelque chose de courant, mais cependant magnifique de richesse et de lyrisme. J'ai choisi très subjectivement la plage "Por Sevillanas"..parce que je l'aime beaucoup ! :)
Les qualités de timbre et la magnifique aération du HE1000 sont un véritable atout ici pour la justesse de la reproduction et la présence quasi "tangible" des interprètes. Les attaques de guitare sont franches et les pizzicati (pincement des cordes avec les doigts) du violoncelle sont bien tendus, francs et "secs". Cependant, on peut trouver encore plus "incisif" sur les attaques de note de la guitare et plus "consistant" pour ce qui concerne le timbre du violoncelle,  avec d'autres casques orthodynamiques, comme le Kennerton Odin, l'Audeze LCD-X ou bien le JPS Labs Abyss. Le Violoncelle est un peu en retrait par rapport à la guitare si je compare directement avec mon Abyss ou mon Odin. Ceci dit, aucune importance pour la bonne lisibilité de la mélodie, ni le plaisir de suivre le discourt de ce très beau duo.


Joan Chamorro 
Album : Feeling Good  
Plage : Moon River


Très belle interprétation de cette chanson d'anthologie qu'est "Moon River". Ici nous sommes sur le terrain de prédilection du HE1000. Tout en douceur, des rythmes lents, mais du timbre et une ambiance feutrée. Le grain "velouté" de la voix d'Andrea Motis est superbe et l'articulation parfaitement fluide. Le piano est limpide, la très belle réverbération voulue par l'ingénieur du son parfaitement reproduite et bien que la transparence et la clarté soient du plus haut niveau, aucune note n'est particulièrement mise en avant, l'équilibre subjectif est magnifique et tout passe sans la moindre dureté. Les frottements de balais sur la caisse claire sont d'une richesse incroyable et les frappes de cymbales, déploient dans l'espace une richesse harmonique "pétillante". Un regret malgré tout : La ligne de contrebasse passe à la trappe. Je m'aperçois qu'elle existe en écoutant mon Odin et je la suis parfaitement avec mon Abyss.


Diana Krall 
 Album : Love's Scenes
 Plage : My love is


Instrumentation minimaliste pour ce très beau morceau : Claquements de doigts, contrebasse et voix.
Claquements de doigts et pizzicati de contrebasse pour démarrer...de 0,30mn à 0,50mn, ça claque fort et ça descend très bas. Histoire de "voir", je monte le volume de mon Egoista 845 à midi (vraiment très fort)...Aucune trace de distorsion audible,  pas d’affolement des membranes, le HE1000 fait le job et procure un grave absolument magnifique de tension et d'impact. Les claquements de doigts sont parfaitement lisibles et "tendus". La encore, très belle réverbération maîtrisée à la prise son et parfaitement rendue par le HE1000. La voix de Diana Krall est très présente, son timbre parfaitement réaliste et le grain de sa voix bien mis en lumière. J'aurais pourtant aimé une meilleure distinction entre la voix et la contrebasse dans l'espace. Avec L'Abyss et l'Odin, la voix est centrée, les claquements de doigts viennent de la gauche et la contrebasse est à droite. Avec le HE1000, la contrebasse se détache moins  précisément de la voix et les deux sont plus difficiles à différencier.
L'Abyss descend encore plus bas et avec plus de précision, mais il apporte à haut volume quelques duretés dans la zone 3000 Hz / 5000 Hz  (celle où l'oreille est la plus sensible) et une mise en avant de certaines sifflantes, alors que tout passe en douceur et sans le moindre "heurt" pour mes vieilles oreilles avec le HE1000. 


Wolfgang Amadeus Mozart 
 Album : Sokolov the Salzbourg recital
 Plage : Sonate pour piano K.332, Allegro essai


Très belle page pour piano de Mozart.
C'est avec le HE1000 que je préfère la lecture de cette piste.
Je trouve le piano un peu "métallique" à mon goût avec l'Abyss bien qu'il soit représenté dans l'espace de superbe manière, avec du recul et une belle précision. Je le trouve un peu "brouillon" avec l'Odin, un peu moins lisible, bien qu'il me paraisse un peu plus "épais" et "généreux. Avec le HE1000, encore une fois, l'équilibre général est parfait et le jeu de Grigory Sokolov se suit avec une grande fluidité. Les notes sont bien détachées les unes des autres, les gammes de fréquences bien distinctes et le toucher parfois délicat et parfois violant du pianiste, est proposé par le HE1000 avec une multitude de contrastes et de couleur. La prise de son est ici réalisée en public et cela s'entend avec beaucoup de naturel.
Très belle ouverture et clarté globale, tout en douceur.



Michel Petrucciani 
 Album : Trio in Tokyo
 Plage :Training


Ambiance de cabaret en live avec cet album du regretté Michel Petrucciani.
L'introduction du morceau de musique par la présentatrice, fait ressortir une grande quantité de détails. Ambiance de la salle, verre qui s'entrechoquent, bruits de fourchettes, spectateurs qui discutent etc...
Puis Michel Petrucciani "attaque" au piano et...c'est parti pour 4 minutes 40s de très bon Jazz.
 Ça bouge, c'est rythmé mais ce n'est pas dans ce genre de musique que le HE1000 est le plus à l'aise.
Alors bien sûr, sans comparaison directe avec les meilleurs casques du moment, le HE1000 s'en tire drôlement bien ! Mais je me rends compte qu'il perd la ligne de basse si j'écoute mon Abyss ou mon Odin juste après. L'aération est très belle, supérieure à celle que m'offre l'Odin, mais en revanche, l'Odin me procure plus de contrastes, de rythme, de micro et macro-dynamique. Je tape du pied, j'entre "dans" la musique, quand je m'en sens un peu plus détaché à l'écoute du HE1000.
Le HE1000, pour ce qu'il me donne là, est vraiment très bon. Mais voilà, il souffre dans ce cas de la comparaison directe. Et pour moi, son point faible ici, c'est ce que j'appellerai son "manque de rapidité" 


Niccolo Paganini 
Album : Paganini Fantasy
 Plage : Sonate n°12 Op3


Superbe sonate pour violon du Maestro Italien, Niccolo Paganini. 
Alors ça, c'est pas la même musique comme on dit !
Le HE1000 est somptueux, gracieux, généreux, raffiné, expressif.
Je n'aime pas l'Abyss ici. La quasi totalité de cette pièce "joue" dans une gamme de fréquences allant du haut médium à l'extrême aigu. L'Abyss me propose un violon que je trouve un peu "pincé" et "maigre", un peu "brillant". L'Odin s'en tire avec plus de douceur et de richesse harmonique, le violon est magnifique, mais je préfère ici le HE1000 pour sa plus grande clarté et sa magnifique aération. A ce propos, je trouve que la clarté du HE1000 est très intéressante, dans la mesure où elle n'est pas un artefact généré par une propension à "tirer" vers les aigus comme le font certains casques. Non, la clarté du HE1000 est bien une réalité et en même temps, elle se présente en conservant une magnifique beauté de timbre et toujours, toujours, cette douceur si agréable. Sur cette pièce de violon, le HE1000 est pour mes oreilles, exquis.


Max Bruch 
Album : Concerto pour violon n°1
 Plage : 1er mouvement


Quelle merveille ce concerto ! Enfin, encore faut-il être sensible à ce genre de musique !
Le HE1000 est superbe. La scène sonore est spacieuse, le violon est très beau. J'aurais préféré un peu plus de "matière" dans le haut du spectre et une meilleure différenciation des pupitres. En même temps, les yeux fermés, je peux suivre le discours du soliste et les réponses de l'orchestre avec une précision suffisante pour qu'ils m’apparaissent bien là, présent et "pétillants" de vie. Le HE1000 reproduit le jeu de Arabella Steinbacher avec toute les nuances, les inflexions et les "intentions" que je pense percevoir dans son interprétation. Alors je le sais bien, tout ceci est éminemment subjectif, mais puisque techniquement, je trouve sur cette pièce le HE1000 splendide globalement, je tente de partager avec vous le plaisir qu'il me procure là.


Benjamin Clementine
 Album : At least for now
 Plage : Winston Churchill's Boy


Beaucoup de caractère et de couleurs dans ce très beau titre. Le HE1000 me plait beaucoup là aussi, mais j'aurais aimé un peu plus d'impact et de niveau dans la ligne de basse à partir de 2mn10s. Le grave est là, bien sûr et heureusement, mais l'Odin et surtout l'Abyss m'en donnent un poil plus et de meilleure qualité. La voix de Benjamin Clementine est superbe et surtout, elle se détache bien du reste de l'orchestre. La précision de présentation des interprètes dans l'espace n'est pas un critère sur lequel le HE1000 excelle, cependant, là encore, elle est suffisante pour "croire" à ce que j'écoute et même si tous les pupitres ne sont pas parfaitement "dessinés", ils sont clairement discernables les uns des autres. Le motif en boucle de l'orchestre en toile de fond est proposé avec beaucoup d'ouverture, plus que ne m'en donne mon Odin. 


Jacques Duphly
 Album : Jacques Duphly par Christophe Rousset
Plage : 4ème livre-La De Drummond


Sur cette plage de clavecin en solo, le HE1000 est royal. C'est pétillant et savoureux comme une coupe d'un meilleur champagne. C'est riche et ciselé, étincelant et "enrobé" d'une multitude d'harmoniques supérieures aiguës et sur-aiguës, d'une douceur exquise. Nous sommes là, comme pour la sonate de Paganini, sur une plage de fréquences particulièrement adaptée aux possibilités du HE1000. Globalement le clavecin se déploie avec une taille et une position dans l'espace parfaitement identifiables. Les résonances de sa structure en bois sont complètement maîtrisées et subtilement dosées, mais clairement.audibles.  Un pur moment de plaisir musical.


Jordi Savall 
 Album : Altre Folie
Plage : Folias Criollas


Ah....le Maître Jordi Savall....
Variations autour du thème "la Folia", à l'origine une dance "paysanne" Portugaise.
Cette première plage de l'album fût écrite par un anonyme du 16ème siècle.
Bon le HE1000 est très bon là encore. Et oui, on est sur un style de musique à peu d'instruments, sans grande plage dynamique et nécessitant une belle maîtrise de la reproduction des timbres. Alors forcément, le HE1000 est chez lui !
Comme pour la page de clavecin de Jacques Duphly, je n'ai même pas envie de comparer avec un autre casque. La viole de gambe est tellement jolie, avec son côté un peu "aigre" tout en étant soyeuse à souhait sur les notes les plus hautes. Le reste de l'accompagnement est également magnifique de présence et de justesse. J'écoute et je me régale, ça me suffit !


Renaud Garcia Fons 
Album : Méditerranées
 Plage : Fortaleza


Quel contrebassiste, ce Renaud Garcia-Fons !
Ce morceau est grandiose ! Ça part fort et tout de suite. A la première seconde, les pizzicati de contrebasse donnent le rythme. L'archet prend le relais et joue sa mélodie par des frottements de cordes que le HE1000 me propose avec une très grande véracité. Même si le Hifiman n'est pas un monstre de dynamique, il l'est tout de même suffisamment pour me donner envie de bouger dans mon fauteuil. L'archet frotte et ne glisse pas, je l'entends parfaitement. Les mouvements de poignet et de bras de Renaud Garcia-Fons sont "visibles" dans toute leur amplitude et leur énergie.
A 2mn25s, l'interprète change de gamme et monte vers les notes les plus hautes. Splendide ! Ça passe tout en douceur malgré l'âpreté du violoncelle dans ce registre. Encore un bon moment.


Jordi Savall 
Album : A Vivaldi, J.S Bach
Plage : Magnificat de Bach BWV 243V : Quia fecit mihi magna


Il Maestro de nouveau !
Jordi Savall réuni sur cet album, Antonio Vivaldi le "prêtre roux" et Jean-Sébastien Bach, le "Cantor de Leipzig". Qu'elles sont belles ces musiques ! :)
Superbe violoncelle à l'introduction avec accompagnement à l'orgue. L'acoustique du lieu de l'enregistrement (le 18 juillet 2013 en l'Abbaye de Fontfroide) se fait entendre. Des chaises "craquent" la réverbération est dosée par le preneur de son magnifiquement et le HE1000 semble ne faire aucune rétention d'informations. La voix de Stephan MacLeod, le baryton, est placée à merveille et d'un naturel rare. Accompagnée par le violoncelle de La Capella Reial de Catalunya, voici encore une page somptueuse. Le HE1000 une fois encore, me régale. Je n'ai pas envie d’interrompre  la magie de ce bel instant par des comparaisons avec mes autres casques, car même si ils font différent, comment pourraient-ils faire "mieux" ?


Fauve 
 Album : Vieux Frère
 Plage : Loterie


Voici une musique dont il m'est difficile de donner un genre...
Et pourtant, quelle musique et quels textes !
Le groupe Parisien et ses chanteurs nous font là une magnifique démonstration de la complémentarité entre des mots "choc" et des musiques luxuriantes.
Sur le titre choisi, on atteint je trouve des sommets. Le chanteur parle très vite mais il articule tellement bien que chaque mot est toujours parfaitement compréhensible. Sur ce titre, je préfère l'Abyss pour sa présentation spatiale et l'Odin pour la tenue du grave et la "densité" qu'il apporte et qui sublime ce titre hautement captivant. Ceci étant précisé, le HE1000 et sans comparaison directe, m'irait parfaitement sans la moindre restriction.


En conclusion, je dirais que pour mes oreilles le mode de fonctionnement orthodynamique apporte une consistance et une richesse supplémentaires, rapidement et nettement audibles, même si présentées de façon différente selon les casques testés.
Avec le casque Hifiman HE 1000 et d'une manière générale, les sons sont pleins, riches en harmoniques, toujours très doux et très ouverts. La transparence est superbe et pour peu que nous utilisions un ampli permettant au HE1000 d'exprimer tout son potentiel, nous atteignons des sommets de justesse et de beauté. Les musiques très rythmées et chargées en grave peuvent plaire davantage lorsque jouées par d'autres casque, mais encore une fois, ceci ne ce perçoit qu'en comparaison directe.
Le Hifiman HE1000 est un grand casque, qui ravira les auditeurs de musiques raffinées, douces, intimistes...
Voilà un casque qui fait beaucoup de musique pour moi et que j'aime vraiment beaucoup.


Alors je suis bien conscient que cette expression "un casque qui fait beaucoup de musique", peut ne pas être appréciée par tout le monde. Je me suis, à ce sujet, exprimé dans cet article

http://casques-headphones.blogspot.fr/2016/06/objectivite-subjectivite-au-sein-de.html

 et j'assume bien entendu l'entière responsabilité de mes propos, sachant qu'il ne peut y avoir de "vérité absolue" sur le terrain de l'objectivité / subjectivité.
Mais que voulez-vous, je suis plus épicurien dans mon approche de l'écoute de la musique qu'intellectuel !

Je dois préciser, pour ce qui concerne l'utilisation du HE1000, que sa faible sensibilité (90db), demandera un amplificateur puissant et dynamique, afin de "remuer" les grandes membranes et d'insuffler au HE1000 la vie, la capacité de présence, d'ouverture et de restitution des rythmes, qui pourraient lui faire un peu défaut avec un amplificateur non adapté.
Bien évidemment, le Viva Egoista 845 est pour le HE1000 le meilleur choix possible. A ce propos, le représentant Hifiman pour l'Europe est passé sur mon stand avec un HE1000, lors des derniers "Sound Days" à Paris, je ne sais combien de fois !
Il a découvert le HE1000 tel qu'il ne l'avait jamais entendu, même avec les gros amplificateurs Hifiman...
Vous pourrez lui demander si vous le croisez au cours d'un prochain salon.



Le casque Hifiman HE1000 est pour mes oreilles un très grand casque. Je le situe aux côtés des meilleurs casques actuellement disponibles : Le JPS Labs Abyss, l'Audeze LCD4, le Stax SR-009 et le Kennerton Odin.
Il est parfaitement confortable, tel des charentaises autour des oreilles ! :)
A noter que son mode de fonctionnement, lui permet d'avoir une impédance purement résistive, c'est à dire qui ne fluctue pas en fonction des fréquences jouées.

Les caractéristiques techniques du casque Hifiman HE 1000 :

Type : ouvert
Couplage : circum-aural
Transducteur : planar magnétique nanométrique
Arceau en aluminium réglable à suspension en cuir
Larges oreillettes enveloppantes, revêtement cuir

Impédance : 35 ohms
Sensibilité : 90 dB @ 1 kHz / 1 mW
Réponse en fréquence : 8 - 65 000 Hz

Câble de 3 m asymétrique avec connecteur jack 6,35 mm
Câble de 3 m symétrique XLR 4 broches
Conducteurs cuivre OCC (Single Crystal Copper)

Poids : 480 g

Merci de votre attention !

Pierre

samedi 11 juin 2016


Objectivité, subjectivité au sein de notre passion…




Voici un sujet très intéressant ! enfin, j'espère ne pas vous ennuyer avec ! :)

Pour certains d’entre nous nos écoutes devraient, pour se faire plaisir, se rapprocher impérativement et le plus possible, de ce que nous entendons en concert et pour beaucoup d’autres (la grande majorité) l’objectif est de se régaler avec le « son » qu’ils aiment, même si ce dernier n’est pas parfaitement fidèle à la source.

L’émotion selon certaines personnes, doit être générée par l’interprète et la musique. Le matériel ne pouvant pas et ne devant pas, être lui-même «générateur d’émotions» puisque juste un outil de «transfert d’informations musicales»

Tout ceci est fort intéressant et je vais tenter d’apporter un  point de vue (objectif, bien sûr :) !!!) issu de mon expérience  à vos côtés.  Dans la pratique, l’avis selon lequel un casque ne doit être considéré que comme un objet technique créé pour reproduire la musique et non pas la « jouer », est intéressant mais n’est le reflet ni de vos nombreuses réactions, ni de vos attentes.

A tenter « d’objectiver » en repoussant, refusant notre subjectivité, je pense que nous nous leurrons.
Nous, passionnés par la musique et son écoute dans les meilleures conditions possibles,  (avec des enceintes ou avec un casque) évoluons dans un domaine éminemment... subjectif.
Qu’y a-t-il de plus subjectif que d’apprécier un art (subjectif par essence) et de faire au mieux pour pouvoir le savourer selon nos propres critères (tout aussi subjectifs) ?
Le plaisir d’écoute doit-il forcément passer par des notions tangibles, scientifiques (type de conception du matériel, caractéristiques techniques, mesures diverses etc…) ?
Penser qu’un casque « meilleur » que d’autres aux mesures, procurerait nécessairement  plus de plaisir à l’écoute serait une erreur.
En effet, un auditeur X  achèterait-il  un casque qui serait excellent en tous points aux mesures mais qui lui procurerait l’ennui  à l’écoute ? Ce genre de cas existe.
Je doute que nous puissions répondre "oui" à cette question.

Dans la pratique, la grande majorité des acheteurs achètent le casque qui les « fait vibrer » même s’il présente des défauts mesurables, plutôt qu’un casque  techniquement irréprochable, mais qui serait pour eux moins attirant en termes de plaisir procuré à l’écoute.



Quelle importance donner aux mesures techniques ?

Dans cette perspective, et je le vérifie quotidiennement depuis 5 ans maintenant avec les personnes que je côtoie, les mesures ne servent finalement pas à grand-chose, si ce n'est qu'à tenter "d'objectiver". La démarche est louable.
Elles sont utiles à qui aime « savoir », rien à dire là-dessus bien sûr, la curiosité bien ciblée étant me semble t-il, une qualité bien plus qu’un défaut.



Mais il est davantage néfaste de  consulter certaines mesures avant écoute que de les ignorer !
Des mauvaises mesures donneront à la personne qui les consulte un mauvais à priori sur le casque.
Des mauvaise mesures, peuvent détourner la personne qui y prête attention et intérêt, d’un produit ayant pourtant le potentiel d’être hautement musical (et émotionnel) à ses oreilles. Et oui, je dis bien hautement musical et émotionnel….
En effet, un matériel perçu par le testeur X comme étant coloré à la vue d’une courbe de réponse en fréquences accidentée et ne remplissant pas de fait sa mission « consistant à n’être qu’un outil technique » de reproduction devant s’effacer devant les prestations des musiciens pour n’en laisser que l’essence, sera parallèlement appréhendé par le testeur Y, comme une « machine » à procurer de l’émotion, qu’il soit fidèle ou non à la source. Le mot « musical » apparaîtra alors dans sa bouche, ce qui surprendra ou même choquera, le testeur X.
Deux visions bien opposées d’un même matériel !

De bonnes mesures, quand à elles, nous diront que le casque est performant dans tel ou tel domaine, ce qui est en soit, une bonne chose. En même temps, si ce casque ne nous plait pas à l’écoute, les mesures ne nous auront pas servi à grand-chose.  En revanche, s’il nous enchante, les mesures nous seront utiles pour confirmer que ce casque à de bonnes raisons de nous plaire !
Les mesures, pour ce que j’en pense, ne sont pas très utiles dans le choix d’un casque. Les mesures n'ont pas autorité à me convaincre ou non d'apprécier un appareil ou a contredire ce que j'entends.
Elles peuvent, cependant, confirmer.
Ceci dit, consulter la réponse en fréquences ou se renseigner sur les taux de distorsion ou l’aptitude à reproduire les transitoires etc… quelques temps après l’achat, juste pour « apprendre », en savoir plus ou comprendre,  oui bien sûr, pourquoi pas.


Pour continuer sur ma réflexion relative à notre objectivité / subjectivité…
La subjectivité, précisons-le, signifie que c’est dans «l’homme», c'est-à-dire dans « nous », que se trouvent le motif et l’origine de tout rapport aux choses, de même que de toute relation à autrui.

A la condition que ceci soit admis, ce que nous croyons être « notre objectivité » n’est autre qu’une illusion, un filtre posé devant notre propre intellect.



Ce filtre trompeur (nous sommes sûrs d’être objectifs) étant lui-même la composante de plusieurs autres filtres apporteurs d'illusion (comme l'oignon, composé d'une succession de couches superposées). Ces "filtres" résultant pour chacun d'entre eux, d'un enchaînement d’expériences (depuis notre naissance, comme les cernes ajoutées par le temps et visibles au tronc de l'arbre coupé) générant chez nous une vision "colorée" de la réalité. Cette réalité qu'illusoirement nous pouvons penser être objective...




...mais qui finalement, est bien loin de l'être.
La succession sans fin de ces "filtres", est en son départ le point sortant et en son arrivée, l’aboutissement de « qui nous sommes aujourd’hui », nous, parfaitement subjectifs (et pour cause !), qui pensons et agissons, essayant avec l'outil de notre propre subjectivité, d'objectiver. C’est magnifique et copieusement pernicieux !



Aimer le casque X ou ne pas l'aimer, est également éminemment subjectif. Tenter d'objectiver le choix ou le refus du casque X, par exemple, est un leurre (on peut très bien se faire plaisir en se leurrant soi-même), Tenter de n’être qu’objectif dans une description, le compte rendu d’un produit est également tout à fait louable, mais un joli leurre quand à son taux de réussite espéré !
J'attends avec impatience, le retour d'un testeur dans lequel il sera impossible de desceller la moindre trace de subjectivité...

La subjectivité n’est-elle pas d'ailleurs le terreau de notre passion?
Pourrions nous être passionné, si nous n’étions « qu’objectif « ?
En pensant être « objectif »,  nous pensons que notre « réalité du moment » est objective. Mais…c’est quoi « la réalité objective » pour ce qui nous concerne ?
Quand nous écoutons de la musique, lorsque nous convoitons un casque.

Ecouter un enregistrement chez soi, sur un système donné, d’une œuvre entendue en concert dans une salle ayant sa propre acoustique, interprétée par des musiciens donnant eux même « un son » à leurs propres instruments, des jours, des semaines, des mois avant ? Et comparer « ce cocktail » mémorisé, (et déformé par les distorsions induites par notre mémoire)




 à ce que notre système nous donne à l’écoute de la même œuvre, des jours, des semaines, des mois après ?
Cette même œuvre ayant été enregistrée dans une salle / pièce à l’acoustique différente, par un ingénieur du son qui a lui même apporté sa propre vision du "son" de l'oeuvre qu'il a enregistrée, oeuvre jouée par des instrumentistes et des instruments différents, avec des rythmes différents etc…..

Et quand bien même ce serait le même orchestre, l’acoustique de la salle d’écoute et celle du lieu d’enregistrement ont toutes les chances d’être différentes.

Quand à la probabilité d’assister à un enregistrement « live » ….

Mais dans ce cas, nous devrons encore une fois faire confiance à notre mémoire auditive, conservée (dans quel état ?) depuis l’écoute du concert / enregistrement…Et là….c’est loin d’être gagné…

Réalité objective ? Personnellement, je n’en vois pas.



La seule réalité objective serait que la même personne puisse comparer directement, dans le lieu ou jouent les artistes, tout de suite après leur prestation, leur son emmagasiné depuis peu dans sa mémoire auditive et enregistré quelques instants avant. Ce son étant alors issu d’un système d’enregistrement le plus « neutre » possible et réentendu immédiatement après, sur un système de reproduction sonore le plus « neutre » possible.
Et même dans ces conditions... il est évident qu'en y réfléchissant bien, il sera possible de démontrer que l'expérience ne pourrait pas être validée comme totalement objective.

Je pense qu’il est bon d’accepter que chacun puisse avoir sa propre réalité. La comparaison directe que je viens d’évoquer étant impossible à expérimenter pour nous et de manière récurrente (sauf sûrement pour certains professionnels de l’interprétation / reproduction/ enregistrement sonore)
La seule réalité qui est la nôtre, est de tenter de se faire plaisir au mieux, en écoutant de la musique et en la comparant ou non à ce dont nous nous souvenons des concerts auxquels nous avons assisté .
Que ce soit avec le système que nous pensons être le plus « neutre » pour nous, ou le plus euphonique à nos oreilles.




Cela n’ayant pas la moindre importance, puisque notre souhait à TOUS, est que le matériel acquis nous procure le plus de plaisir possible, quelque soit sa façon (chacun a ses propres critères et préférences, d'où "sa propre réalité") « d’interpréter » le message musical.

Pour moi donc et j'en termine avec ce sujet passionnant, (en espérant avoir été objectif dans mon analyse :) !) rien n'est "clair", rien n'est figé et il y a autant de visions du monde, de rapports à l'objet et de rapports à autrui, qu'il y a d'individus sur notre jolie planète..
Accepter ceci, aide à comprendre sans juger les personnes qui cherchent la "neutralité" aussi bien que celles qui se régalent de "l'euphonie" voir de la "coloration"

Oui  personnellement, je pense qu’un casque peut posséder un potentiel latent à faire de la musique. Qu’un casque est capable de créer ou non de l’émotion, plus qu'un autre, oui bien sûr.



Je vois des personnes qui écoutent le même morceau toute la journée sur différents ensembles. C’est leur manière de sélectionner.
Et puis tout d’un coup, les voilà avec la chair de poule ou la larme à l’œil… Elles ont juste changé de casque….L’Œuvre est la même, l’enregistrement est le même, donc bien évidemment, les musiciens aussi, mais…une émotion émerge au seul changement de casque.
Pour la personne en émoi, ce casque « fait » indubitablement plus de musique qu’un autre.



Et cette personne se fiche bien de savoir si le casque en question est bon ou mauvais aux mesures, s’il est neutre au pas.
Mieux, cette capacité d’un casque à générer de l’émotion peut être le résultat de ce que d’autres appelleront peut-être des défauts, des colorations…

Bien entendu, un casque n'a pas le pouvoir intrinsèque de "créer" du plaisir.
Mais le "son" de ce casque sera plus propice à générer l'émotion sur une personne donnée que le "son" de cet autre casque. Et inversement, il ce peut que "cette signature sonore émotionnelle" laisse froid un autre auditeur qui y serait moins sensible.

Mais avant tout et bien entendu, je ne les oublie pas, la musique et ses interprètes sont et resteront le tout premier vecteur émotionnel.

Cette réflexion n'a pas vocation à proposer "la vérité", elle est juste ma manière de m'exprimer sur le sujet traité.

Je vous invite bien sûr à rejeter tout ce qui ne vous convient pas.

Voici deux liens qui nous mèneront à la source de deux discussions très intéressantes, d’où est issue ma réflexion

Le Viva Egoista 845 est-il un amplificateur qui se mérite, ou bien suffit-il d'avoir l'argent nécessaire pour l'acheter et l'apprécier pleinement ?


Voici ce que personnellement, j'en pense :
Les sens s’éduquent, oui. On ne devient pas sommelier spontanément. Le « nez » du parfumeur n’atteint pas sonextrême niveau d’acuité du jour au lendemain. De même, nos oreilles doivent être éduquées pour apprendre à discerner les différentes couleurs tonales d’un violon, la richesse harmonique et la délicatesse d’un clavecin, la résolution, les contrastes etc…

Faire écouter un Egoista 845 avec un très bon casque à Monsieur X qui n’aurait jamais écouté au casque, se traduirait par une expérience « sans valeur » pour l’auditeur. Il trouvera certainement ça très beau, mais encore faut t‘il pour ça qu’on ne lui passe pas une musique qu’il déteste. Parce que son manque d’expérience le fera se polariser sur la musique et non sur le « son » du système. Dérive vers laquelle n’ira pas un auditeur confirmé.
En supposant que cette expérience soit très plaisante pour lui, Monsieur X ne saura pas pourquoi.
Juste il conviendra que c’est, dans le meilleur des cas « magnifique ». Mais il ne saura pas pourquoi c’est plus « magnifique » que s’il avait écouté la même musique sur système 10 fois moins cher. D’où, je le pense, une appréciation de sa part « à la louche » puisque sur une échelle de valeur à un seul barreau
 
Cet auditeur « débutant », Monsieur X, n’aura aucune faculté à « fouiller » le son pour tenter d’y trouver toutes les subtilités, les nuances, les délicatesses mais également la « force » que peut offrir un matériel hors normes.
 

Un musicien, dira peut-être « c’est vraiment très proche de ce que j’entends quand je joue. Oui, c’est un beau timbre de violon ça »
Mais lui non plus, ne saura pas dans quelles proportions un autre système ne lui proposerait  qu’une partie de la beauté du timbre de ce violon

En revanche, l’auditeur qui serait passé, avec le temps, par toutes les étapes des longues écoutes quotidiennes, sur des systèmes « upgradés » progressivement, aura appris où il faut chercher. Il se sera lui-même éduqué à percevoir ce qu’un changement de casque peut apporter, mais plus subtilement, ce qu’un meilleur ampli lui offre et encore plus finement, ce qu’un bon câble lui donne en plus.

Cet auditeur, lorsqu’il sera à côté de notre Monsieur X et que tous les deux écouteront les mêmes musiques, avec les mêmes casques branchés sur un ampli au top du top, sera en mesure, de part l’expérience qu’il aura acquise, de bien mieux « gouter » le son que cet ampli apporte au système. Monsieur X, une fois encore et dans le meilleur des cas, trouvera peut-être cette expérience « magnifique », ce qui est déjà beaucoup. Mais Monsieur X, contrairement à notre auditeur confirmé, n’est pas passé par le long chemin de l’expérience auditive.
 
Comment serait-il en mesure d’apprécier la réelle saveur de l’expérience qui lui est donnée de vivre ?




Il me semble que refuser ceci, reviendrait à penser de manière totalement illusoire, que préalablement à son enseignement, le disciple pourrait en savoir autant que le maitre…



Les tous meilleurs ensembles nous offrent la musique au plus près de la manière dont on peut l’entendre en live. Un ampli comme l’Egoista 845 offre un tel raffinement associé à une telle force, qu’il n’est pas possible d’apprécier la synergie de ces deux caractéristiques si l’on n’a pas préalablement éduqué son oreille à les percevoir.

Attention, je ne dis pas « entendre » ! Je dis bien « apprécier ».
A peu près n’importe qui entendrait les différences entre cet ampli Y de gamme inférieure et le 845.
Mais combien sont « équipés » pour les apprécier ces différences ?
Je peux personnellement goûter le bouquet de ce vin A et le préférer à la saveur de cet autre vin B
Mais il est certain, que seul un grand connaisseur aura le recul nécessaire, ayant éduqué ses équipements gustatif et olfactif,  pour vraiment apprécier à sa valeur juste le vin A.
 

Si demain et heureusement, ça ne m’est pas encore arrivé, Monsieur X, parce qu’il aura l’argent et qu’il aura aimé l’écoute du 845 me le commande, je lui vendrai.
Mais au fond de moi, je ne pourrai pas m’empêcher de penser :
 
...Ah…quel dommage, il y a tant de personnes qui l’apprécieraient bien plus cet ampli mais qui eux, n’ont pas les moyens de se le payer...
L’argent ne donne pas l’expérience. Mais l’expérience peut aider à faire bon usage de l’argent.

Modestes pensées d'un dimanche pluvieux... :D
 

Pierre

Voici un lien vers l'origine de cette très intéressante réflexion commune.